Le temps d’un weekend, Sors-tu.ca est allé visiter la Normandie pour le festival Beauregard. Les voix de PJ Harvey, Beck, Robert Plant et bien d’autres ont résonné sur le très beau site du Château de Beauregard pendant quatre jours intenses.
Et la première soirée du festival débutait avec une tête d’affiche pour les quarantenaires français. En effet, Téléphone a fait son grand retour sur la scène musicale (sans Corinne Marienneau) sous le nom des Insus pour une série de concerts qui ravissent la génération 70-80.
On ne savait pas trop à quoi s’attendre en arrivant car cela fait quand même trente ans que le groupe ne s’était pas produit ensemble sur scène et que les membres ont maintenant passé la soixantaine. Mais ce fut plutôt une bonne surprise. L’énergie était là et même si l’on n’a pas vécu les années Téléphone, un brin de nostalgie se faisait ressentir.
Tous les tubes y sont passés : Métro c’est trop, Hygiaphone, La Bombe Humaine, Argent trop cher, Ça c’est vraiment toi, Un Autre Monde, Cendrillon, New York avec toi, Le jour s’est levé… Si le renouveau n’était pas l’objectif de ce concert, il était agréable de retrouver Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka en bonne forme et apparemment heureux de jouer à nouveau ensemble sur scène. De quoi bien inaugurer cette première soirée de festival.
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Un vendredi rock et électro
Pour la première grosse journée du festival, la météo a commencé par faire des siennes mais le programme musical, allant de Brian Jonestown Massacre à Beck, valait la peine de prendre l’eau.
L’après-midi a démarré avec le concert des « vieux briscards » de Brian Jonestown Massacre, un groupe à la longévité certaine, mené par Anton Newcombe. Et ça rockait bien pour un début de festival. Malgré les excès connus dans la carrière du groupe, les membres de Brian Jonestown Massacre semblaient s’être assagis et ont fait sonner guitares et tambourin dans le festival Beauregard. Car oui, Joel Gion, un des membres du band, joue exclusivement du tambourin pendant tout le concert. Brian Jonestown Massacre a revisité différentes facettes de sa carrière pour un public de connaisseurs ravis de les voir interpréter leurs morceaux entremêlant les styles.
Venait ensuite le groupe français Feu! Chatterton pour un de ses multiples festivals (il fait partie des bands les plus programmés de l’été). Presque un an après leur concert marquant aux Vieilles Charrues, pour le public comme pour eux (d’après leurs dires), les membres de Feu! Chatterton se sont affirmés sur scène. Leur set a changé pour offrir un ensemble plus énergique et de plus en plus rythmé. Arthur, le chanteur s’est détaché de son micro pour effectuer ses pas de danse si caractéristiques, tandis que le reste du groupe débordait d’énergie. Pour ceux qui ne les connaissaient pas encore, Feu! Chatterton a impressionné, et pour les autres, l’expérience qu’ils ont acquise sur scène a convaincu.
Le jour a commencé à baisser quand le talentueux Beck est monté sur scène. Rarement programmé en France, l’Américain est arrivé vêtu comme un cowboy avec trois très bons musiciens. L’artiste éclectique a présenté une large palette de sa discographie, et plus particulièrement ses tubes comme Loser, Dreams ou encore Sexx Laws. Jouant avec son look façon country, Beck a su convaincre un public de convertis. Les musiciens ont même repris différents tubes à leur façon, dont China Girl de David Bowie !
Après la bonne humeur de Beck, un registre complétement différent s’ouvrait avec les Chemical Brothers. Pour leur show – car c’était une véritable prestation son et lumière – le duo joue sur le spectacle et la grandeur avec des projections sur écran géant et même un énorme robot sur scène. Le set des Chemical Brothers a démarré très fort avec les tubes comme Hey Boy Hey Girl ou Do It Again. Extrêmement visuel, le spectacle proposé par Tom Rowlands et Ed Simons n’a connu aucun temps mort. De quoi conclure en beauté cette première longue journée de festival.
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Un samedi très éclectique
Le festival battait son plein pour cette journée de samedi qui s’annonçait très dense musicalement parlant. Et la fin d’après-midi a commencé agréablement avec le concert de Get Well Soon. L’Allemand Konstantin Gropper qui se cache derrière ce projet n’en est pas à son premier coup d’essai et venait à Beauregard pour présenter son dernier (très bel) album Love. Alors qu’il a réalisé cet opus seul, ce sont cinq musiciens qui l’ont accompagné pour interpréter quelques titres de celui-ci. Et le coup de cœur fut assuré. L’authenticité avec laquelle étaient livrés ses morceaux pop romantiques comme It’s love ou Marienbad n’a pas tardé à faire son effet et ce fut, pour ceux qui ne connaissait pas Get Well Soon, une découverte à coup sûr.
Changement d’ambiance assuré ensuite avec la venue des Anglais de The Horrors. Ce groupe de rock garage aux accents pyschés a déjà quelques années d’existence derrière lui et quelques albums aussi. Si d’emblée on sent que l’attitude rock est là, le reste n’est pas totalement au rendez-vous, notamment la prestation scénique qui manquait clairement de dynamisme. Bien que le style du groupe ne prête pas à un show débordant d’énergie, il a semblé que The Horrors faisait le strict minimum. Dommage car les compositions du groupe sont intéressantes et auraient mérité quelque chose de plus.
On continue dans une toute autre atmosphère avec le groupe d’électro-pop déjanté Naive New Beaters. Déjanté en partie grâce au chanteur David Boring, véritable personnage plein d’énergie qui ne cesse de pousser le public à bouger et à interagir au concert. Tous habillés de combinaisons blanches, les cinq membres du groupe ont su apporter de la bonne humeur dans leur musique. Rien de très compliqué pour les compositions mais l’important n’est pas là pour les Naive New Beaters.
La Femme : plus trash
Après ce passage de folie, retour à une autre ambiance avec La Femme. Les Français au look un peu douteux ont fait résonner les claviers à Beauregard. Les anciens titres comme Nous étions deux, Si un Jour ou Sur la Planche se sont mêlés à de nouveaux morceaux prévus pour un deuxième album à sortir début septembre. En parlant de nouveaux morceaux, La Femme a présenté Mycose, un titre dans lequel la chanteuse Clémence raconte qu’elle a attrapé une mycose justement… Est-ce une histoire vraie ou pas ? On tâchera de ne pas trop se poser la question. En attendant La Femme semble revenir plus trash encore.
Robert Plant : Le plat de résistance !
Vint ensuite l’heure du retour du festival, cette heure où une légende de la musique un peu vieillie vient faire son tour de scène. Et pour cette édition, c’est Robert Plant, le leader de Led Zeppelin qui est venu avec son groupe The Sensational Space Shifters.
Ce genre de prestation pose toujours la question de la crédibilité de l’artiste qui doit gérer l’envie de nostalgie de certaines festivaliers face à la recherche de nouveauté pour d’autres. Et le chanteur a fait son choix : celui du renouveau, ce qui n’est pas sans déplaire. Incluant des sonorités world et revisitant son répertoire, l’amusant Robert Plant a su donner un second souffle à ses morceaux comme Black Dog ou I’m Gonna Leave You Babe. Sa voix impressionne toujours et son énergie aussi ainsi que celle de ses bons musiciens. Et rien de tel qu’un Whole Lotta Love pour terminer le concert.
La nuit bien entamée a laissé place au gros rock garage de The Kills. Revenus sur la scène musicale il y a tout juste un mois avec leur nouvel album Ash & Ice, c’est un show que le tandem Alison Mosshart – Jamie Hince a livré sur scène. Et même si les derniers albums du groupe ont pu décevoir, l’énergie transmise était telle qu’il était difficile d’y rester insensible. D’autant plus que, on a beau l’entendre dire souvent, il est certain que le duo a un potentiel sexy inégalable, tout particulièrement Alison Mosshart. The Kills ont joué de nouveaux titres et d’autres plus anciens, de quoi offrir un spectre large de leur carrière. Les guitares et les basses ont résonné pour le plus grand plaisir du public.
Et par ici pour le dimanche :
Un dimanche féminin
Pour la dernière journée, le festival a misé sur une programmation très féminine afin de terminer cette édition 2016 en beauté. En effet, Jeanne Added, Lou Doillon, PJ Harvey mais aussi Grand Blanc ont mis les pieds sur scène.
C’est sous la pluie que le groupe français Grand Blanc a fait son apparition au festival, un temps qui s’accorde plutôt bien avec la froideur et la densité de leurs compositions. Acteurs de la nouvelle scène musicale française, Camille, François, Benoît et Luc ont pris beaucoup d’assurance depuis leurs débuts en 2013. Le groupe a joué une majorité des titres de son premier album Mémoires vives, pénétré par ses nouvelles chansons qui sonnent vraiment bien en live. Grand Blanc a réussi à faire plonger le public dans ses textes sombres et ses arrangements glaçants sans jamais en faire trop. Un premier concert (sur)prenant et annonciateur d’une belle journée.
A l’autre bout du festival, une autre nouvelle sensation de la scène musicale française montait sur scène : Jeanne Added. L’artiste, accompagnée de trois musiciens, a fait très bonne impression elle aussi malgré quelques problèmes techniques. Après un début de set calme avec des morceaux comme Look At Them ou Ready, le rythme s’est intensifié progressivement et a donné lieu à des scènes de danses endiablées dans le public. Impressionnante par sa présence, Jeanne Added a su démontrer qu’elle était une référence pop actuelle. Seul bémol : les basses bien trop fortes qui ont quelque peu gâché le son du concert.
Lou Doillon
Le soleil faisait son apparition quand Lou Doillon est arrivée sur scène. Plus besoin de présentation pour la musicienne qui a déjà sorti deux albums maintenant. Si l’on aime l’écouter à la maison, on pouvait se demander ce qu’il en serait du résultat en festival pour des compositions qui ne sont pas vraiment « adaptées » pour ce format. Mais il faut dire que Lou Doillon s’en est plutôt bien sortie. Avec l’aide de quatre musiciens, elle a joué des titres de ces différents albums en passant par les très beaux Devil or Angel ou ICU. Dans son registre, la chanteuse a fait part d’un charme certain.
La soirée a ensuite continué dans le calme puisque ce sont les New-Yorkais de Beirut qui se sont hissés sur scène. Leur fin mélange de cuivres, d’accordéon et de percussions toujours plaisant à écouter n’a pas été complétement convaincant sur scène. La voix si particulière de Zach Condon était très agréable à entendre mais toutefois les musiciens, dans leur ensemble, sont restés un peu trop statiques pour partager totalement leurs chansons avec le public. Certes, quelques jolis moments ont eu lieu, notamment lors de Nantes, mais il manquait ce petit quelque chose qui donne à un concert sa singularité.
PJ Harvey : la cerise sur le gâteau !
Enfin, PJ Harvey, celle que l’on attendait impatiemment pour cette dernière soirée, donna un concert tout simplement renversant. Dès l’arrivée du groupe, en forme de fanfare, on pouvait se douter que ce ne serait pas simplement un concert mais une prestation. Car PJ Harvey a mis les moyens pour subjuguer le public : neuf musiciens, dont le très fidèle John Parish, l’accompagnaient sur scène pour faire résonner les chansons de son dernier album humaniste The Hope Six Demolition Project.
Son charisme absolument remarquable, son étrange tenue pourpre et sa modestie, qui l’a laissée mettre en avant ses musiciens dès qu’un solo se présentait, ont donné au concert un côté mystique. Effet renforcé lorsque PJ Harvey a chanté When under Ether ou encore son titre vieux de vingt ans To bring you my Love. Quand le groupe quitta la scène, les émotions étaient confuses tant le concert que l’on venait de vivre était impressionnant. Rien de tel pour terminer un festival en beauté.








