Du jeudi 1er au dimanche 4 septembre se tenait la 14e édition du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. Compte-rendu d’un marathon musical de 4 jours dans notre magnifique capitale nationale… du cuivre. Deux premières parties de quatre.
À go, on prend une grande inspiration, pis on y va.
Prêts?
1, 2, 3, GO!
JEUDI 1ER SEPTEMBRE
Après 10 h de route dans un autobus média archi-bondé, nous voilà catapultés au bureau d’accueil du Festival, érigé au Centre musical En sol mineur, bâtiment patrimonial niché sur un magnifique terrain au bord de l’eau.
Accréditation au cou, on se précipite au traditionnel méchoui avant même de prendre le temps de fourguer nos valises à l’hôtel : le FME, ça commence toujours en te bourrant la face au son des DJ de la 7e rue, question de te faire un bon fond pour le reste du week-end (où tu atterriras certainement au Morasse beaucoup plus que tu ne le penses, malgré toutes tes bonnes résolutions).

Québec Redneck Bluegrass Project © Christian Leduc
Ce sont les mongols de Québec Redneck Bluegrass Project qui donneront le coup d’envoi de cette mouture 2016. Révélation pour bien du monde semble-t-il : le groupe à l’énergie survoltée ne donne pas sa place pour te starter tout un party.
Et c’était fort à propos pour chauffer les planches en prévision du passage des gars de Galaxie et de la gang à Marie-Pierre Arthur qui, forts du succès (et du plaisir) rencontré aux FrancoFolies plus tôt cet été, ont décidé de renouveler l’expérience de leur alliance pour une 2e et dernière fois. On s’en plaindra pas!

Galaxie et Marie-Pierre Arthur © Christian Leduc
Il a bien fallu s’extraire des riffs de guitare à Langevin pour la dernière performance du triplé à L’Agora des arts, où Groenland donnait un bon avant-goût de son nouvel album (lancement le 22 septembre au Club Soda). Sans surprise, toute la bande a fait honneur à sa réputation de bonne humeur et de générosité et offert de brillantes pièces de pop orchestrale teintée d’électro.
De retour sur le site de la 7e, il y a le duo rock Rouge Pompier qui s’escrime à L’Espace lounge Hydro-Québec, et tout le monde a le cœur à la fête en entrant au Petit Théâtre du Vieux-Noranda, où nous attendent Mishka Stein, Robbie Kuster et Morgan Moore avec leur projet Black Legary. Le choc est brutal : après les rythmes serrés et les tonnes de décibels des deux autres, l’ambiance mystérieuse, l’atmosphère feutrée, les harmonies vocales de ces trois génies au talent incommensurable nous plongent dans une transe quasi mystique. Riche et puissante, à la fois aérienne et dense, leur musique transcende les genres. On en veut encore.

Black Legary © Christian Leduc
Direction Cabaret de la dernière chance pour le duo Partner, surprenante formation punk néobrunswickoise à l’humour sincère et au naturel désarmant, avant de revenir au Petit Théâtre pour l’excellente prestation de la formation montréalaise We Are Wolves dont le post-punk inclassable est en plein virage électro-pop, à paraître sous WRONG à la fin du mois (Fantôme Records). On n’aurait pu imaginer meilleure conclusion à cette première journée abitibienne où on a réussi à – presque ! – tout voir, mais certes pas à se coucher de bonne heure (3 h et des poussières). C’est la faute à Morasse pis à sa maudite poutine.
La suite avec le Jour 2 par ici :
Du jeudi 1er au dimanche 4 septembre se tenait la 14e édition du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. Compte-rendu d’un marathon musical de 4 jours dans notre magnifique capitale nationale… du cuivre. Deuxième partie de quatre.
VENDREDI 2 SEPTEMBRE
Après une indécente grasse matinée (au FME, c’est pas compliqué, t’es à l’envers de la vie : tu dors le jour comme tu peux, pis tu vis su’l shift de nuitte) et de banales péripéties à la recherche d’un bon dieu de café, on accepte l’invitation du Festival à expérimenter un show nouveau genre : La Colonie de vacances. Malgré l’air frais, le soleil tapait fort sur la Place de la Citoyenneté et de la Coopération pour cette fusion de quatre groupes français cherchant carrément à redéfinir le sens du mot quadriphonie. Le projet : quatre trios disposés en croix, la foule au centre, de l’instrumental en forme de mégatonnes de briques, torticolis garantis, bouchons hautement recommandés. Un pingpong musical étourdissant et impressionnant, quoiqu’un peu redondant.

La Colonie de vacances
© Magalie Morin
L’heure est déjà à l’apéro, et le programme, serré : cinq 5 à 7 ce soir. De Laurence Nerbonne, Foreign Diplomats, Ludo Pin, Maryanne Côté et Le Carabine, nous parviendrons à entendre quelques pièces de tous sauf un. D’une année à l’autre, il devient de plus en plus difficile de tâter de ces vitrines courues : beaucoup d’appelés, peu d’élus, et beaucoup d’artistes à voir en peu de temps, d’autant plus triste si le premier que tu te mets à l’horaire commence en retard… Une course à relais improbable mais excitante, il va de soi.
De rapides enjambées à travers la ville nous mènent au lancement du tout premier et très attendu EP d’Aliocha, Sorry Eyes (Audiogram), au Cab en compagnie de trois musiciens. Avec ses airs de chérubin, sa voix chaude un peu nasale et étonnamment mature, le jeune acteur balance avec assurance un folk-rock rétro qui nous a plus que séduits – et pas que nous, à dénombrer les donzelles qui s’entassaient dans le bar, selon le père du concerné, visiblement surpris (et envieux?).
Tomate & Pesto se sont chargés de nous nourrir d’excellents crabcakes enfournés dans les marches de L’Agora en prévision du seul triplé pour lequel nous garderons jalousement nos places toute la veillée.

Chantal Archambault
© Christian Leduc
La Val-d’Orienne Chantal Archambault a ouvert le bal pour un rare spectacle de son projet personnel alors que ses énergies sont plutôt concentrées sur Saratoga par les temps qui courent. Elle confiera avoir monté son set exclusivement pour le FME : parce qu’ « on dit jamais non au FME »!
À l’instar de l’ensemble des artistes de chaque programmation du Festival, son amour du FME est palpable et sincère. Son folk intimiste agrémenté dorénavant de nouvelles délicates touches d’électro (récent EP À hauteur d’homme, avec Alex McMahon) précédera la formation montréalaise Lakes of Canada, autre heureuse découverte du jour. Le folk-rock progressif enduit de gospel et de soul du quintette montréalais provoque des réactions quasi spirituelles, à réécouter plus attentivement pour prolonger l’expérience (Transgressions, paru à l’automne 2015 et inspiré par une nouvelle de Margaret Atwood). De formation classique, ses membres ont su délier une instrumentation riche et variée, parfois complexe, même s’il est tentant de vouloir la comparer à quelques autres groupes du genre déjà plus connus…

Lakes of Canada
© Christian Leduc
C’est déjà le tour d’Avec pas d’casque, qui lançait ce soir-là son quatrième album officiel, Effets spéciaux, sans tambour ni trompette, avec toute la discrétion qu’on lui connaît. Malgré quelques pièces déjà parues dans les dernières semaines (Loup-Garou et Derviches tourneurs), la bande à Stéphane Lafleur s’est fait un point d’honneur de jouer la nouvelle galette dans son intégralité, et dans l’ordre s’il vous plaît. À part quelques désagréables boute-en-train qui auront ponctué notre séjour de leur lourde présence, l’ambiance de L’Agora est à la communion ; tout le monde prête l’oreille à ces murmures lumineux, « comme une respiration consciente et profonde ». Une fois la boucle bouclée, on nous fera grâce d’une poignée de pièces pigées dans le répertoire folk de la formation. Là aussi, on en veut toujours plus.
À peine remis de nos émotions, on paie cher notre séance de triptyque musical : les autres shows qu’on avait au planning sont bondés, on fait la queue en croisant les doigts, on se décourage, on tourne en rond pendant deux heures, on se contente quelque temps d’écouter Fred Fortin assis su’l trottoir devant le Cab…
Une chance qu’on pourra se reprendre demain pour lui voir la bette (de même que tenter d’assister aux prestations de Yonatan Gat et d’UUBBUURRUU pareillement sold out). Dommage toutefois de ne pas avoir pu attraper le nouvel album des Deuxluxes, qui lançaient cette nuit-là Springtime Devil – et affichaient eux aussi complet.
Le positif : on a pu se coucher moins tard (not).
Compte-rendus des jours 3 et 4 à venir demain sur Sors-tu.ca…






