Alors que la monotonie de février se termine, la Route du Rock – Collection hiver a apporté de l’animation en Bretagne. Pour beaucoup, le festival dans son édition hivernale est une opportunité de découvrir de nouveaux groupes que l’on voit rarement dans l’hexagone. Un pari réussi pour cette édition 2016 !
Si les festivités de la Route du rock ont commencé dès le mercredi soir à la chapelle du conservatoire de Rennes, la première et véritable mise en bouche débutait le jeudi soir à l’Antipode (toujours à Rennes). Pour cette deuxième soirée du festival, les artistes américains étaient à l’honneur.
C’est avec une découverte pour la quasi-totalité du public que débuta donc la soirée : le projet Car Seat Headrest de l’Américain Will Toledo. Quatre visages de jeunes faussement sages sont apparus sur la scène de l’Antipode. Le frontman n’a en effet que 23 ans, et déjà 13 albums à son actif. Plutôt productif se dit-on. Avec un guitariste, un bassiste et un batteur donnant l’impression de sortir tout juste du Cégep, le groupe a fait une belle entrée dans la matière.
Ici, le format pop est oublié pour des morceaux d’au minimum six minutes, emmenant les spectateurs par des chemins tortueux, entre de moments très calmes et d’autres bien plus tumultueux. Les compositions sont riches et solides et sont portées par des musiciens plutôt talentueux. On ne peut s’empêcher de vouloir suivre la carrière de ce groupe qui promet beaucoup à venir.
Kevin Morby : dans les traces de Dylan et Young
Après une bonne dose d’énergie arrivait le songwriter du moment : Kevin Morby. Ce Texan de 27 ans fait en effet l’objet de comparaisons pour le moins flatteuses avec Bob Dylan ou encore Neil Young (rien que ça).
Ayant remplacé à la dernière minute le Canadien Aidan Knight, le chanteur était donc seul sur scène avec sa guitare, son groupe n’ayant pas pu l’accompagner. Pari plutôt osé après un début de soirée énergique, mais le musicien a tenu le cap même si ses morceaux sont loin d’être enjoués. La poésie des textes de Morby a su en émouvoir plus d’un, mais il est vrai qu’après une heure durant, on peut être lassé par les tourments du chanteur. On notera toutefois la beauté du morceau Harlem River ainsi que le charme de son nouveau titre I Have Been to The Mountain.
Ce premier soir se concluait avec le très sympathique groupe de Brooklyn, Here We Go Magic. Ayant été quitté par deux de ses membres dernièrement, le band affichait donc une nouvelle composition avec les deux musiciens restants Luke Temple et Michael Bloch, accompagnés d’un batteur et d’un bassiste récemment intégrés au projet.
Et la première chose que l’on constate, c’est que ce sont les deux nouvelles recrues qui débordent d’énergie durant le concert, les fondateurs du groupe restant coincés derrière leur micro et manquant cruellement de charisme. Cela étant, les compositions impressionnantes de Here We Go Magic ont su jouir d’un charme certain. Tout part un peu dans tous les sens tout en restant maîtrisé. Finalement le groupe emmène le public dans une sorte de voyage pop-psychédélique démesuré dont on ne se lasse pas.
Une soirée qui donna donc l’eau à la bouche pour la continuité des festivités.
Suite des découvertes de la Route du Rock:
Alors que la monotonie de février se termine, la Route du Rock collection hiver a apporté de l’animation en Bretagne. Pour beaucoup, le festival dans son édition hivernale est une opportunité de découvrir de nouveaux groupes que l’on voit rarement dans l’hexagone. Poursuivons avec le vendredi
Vendredi confusion
Il faut bien avouer que la ligne directrice de la soirée du vendredi était un peu confuse, entre l’électro-pop de Flavien Berger, les morceaux loufoques de LA Priest et l’indescriptible pop exotique de Bon Voyage Organisation.
Novella était le premier groupe à se présenter sur la scène de la Nouvelle Vague de St-Malo. Trois filles aux guitares et à la basse et un batteur dans cette jeune formation anglaise qui fait dans la dream pop, très inspirée de Lush.
Si tout d’abord le fait de voir des filles sur scène (pour une programmation presque exclusivement masculine) fait du bien, on peut assurer que le band a réussi à prendre le public par les sentiments. Mélodies bien ficelées, pas mal de saturation dans les guitares et une bonne énergie pour bien installer le début de soirée. Malgré des voix un peu trop mises en arrière, Novella a capté l’attention du public. Reste au groupe à affirmer encore plus sa propre identité afin de se démarquer complétement.

LA Priest en pyjama
Si ce début de vendredi était plutôt conventionnel, l’arrivée du Britannique saugrenu Sam Dust et de son projet LA Priest a changé la donne. En pyjama blanc à moitié déboutonné, le musicien assurait seul son concert avec sa guitare, son clavier et une sorte de boîte à rythmes étrange rentrant tout droit dans la catégorie des objets non identifiés. Le commencement du set a été compliqué suite à quelques problèmes techniques, mais finalement Sam Dust a fini par prendre ses repères et à faire danser le public sur ses mélodies psychédéliques et fantasques. Grâce à sa boîte à rythmes magique, il a même réussi à enregistrer les cris du public pour en faire son dernier morceau. Drôle de phénomène !
Les groupes se suivent et ne se ressemblent pas, voilà une idée qui collait parfaitement à cette soirée du vendredi. La venue du collectif français Bon Voyage Organisation a en effet apporté de nouvelles sonorités, loin de plaire à tout le monde. Avec des mélodies futuristes aux accents asiatiques ou inspirés de musique africaine, le groupe ne joue pas dans l’accessibilité. Si les six musiciens avaient beaucoup d’énergie à revendre, leur semblant de prétention a pu en énerver plus d’un. Il y avait aussi cette sensation que le groupe avait appris sa prestation par cœur et qui, finalement, laissait peu de place à l’improvisation. Pourtant les membres du collectif ont du talent.
La nuit continuait son chemin quand Flavien Berger, la tête d’affiche du festival, a fait son entrée sur scène. Ce Français s’est fait connaître l’an dernier avec son premier album Léviathan, savoureux mélange d’électro psychédélique. Seul sur scène lui aussi, entouré de claviers et d’un vase rempli de roses, le musicien n’a pas tardé à faire remuer la foule de La Nouvelle Vague sur ses rythmiques fiévreuses. Très plaisant quand il réalise ses envolées lyriques, ses histoires d’amour sur Mars et de voyage en sous-marin le rendent encore plus fascinant.
En fin de set, Flavien Berger avait d’ailleurs préparé une petite surprise en venant chanter dans la foule : des proches du chanteur avait en effet apporté des roses qu’ils distribuèrent dans le public. Si l’opération séduction n’avait pas fonctionné, cette dernière étape a su en faire une belle réussite. Enfin, mention spéciale aux morceaux Gravité, La Fête Noire et Léviathan, sans aucun doute les plus marquants du concert.
C’est donc sur une belle note que s’est terminée la nuit du vendredi.
Dernière journée de découverte de la Route du Rock en page 3:
Alors que la monotonie de février se termine, la Route du Rock collection hiver a apporté de l’animation en Bretagne. Pour beaucoup, le festival dans son édition hivernale est une opportunité de découvrir de nouveaux groupes que l’on voit rarement dans l’hexagone. Allons-y pour le samedi !
Samedi : du folk au post-punk
Pour la dernière soirée du festival à La Nouvelle Vague, les choses s’annonçaient plutôt très bien avec un programme des plus intéressants allant du folk poétique de Villagers au rock enragé de Hookworms.
Rien de tel pour réchauffer l’atmosphère qu’un jeune artiste écossais tout droit venu de Glasgow avec ses morceaux pop-folk teintés de poésie. Accompagné de trois musiciens : un claviériste, un bassiste et un batteur, C Duncan a enchanté les cœurs attendris par tant de délicatesse musicale. La voix délectable du chanteur appuyée par les harmonies vocales de ses musiciens n’a fait que renforcer l’affection que le public lui portait. Christopher Duncan, de son vrai nom, n’en est qu’à son premier album et il promet déjà beaucoup de belles choses. Cet avant-goût de pop baroque a lancé la soirée sur de très belles bases.

Conor O’Brien de Villagers et la harpiste Mali Llywelyn
Si on était déjà sous le charme du jeune C Duncan, l’Irlandais Conor O’Brien et son groupe Villagers a tout simplement offert une des plus belles prestations du festival. Dans la continuité du folk proposé par l’Ecossais en début de soirée, Villagers a proposé une palette d’émotions à en faire pleurer la plupart. La composition particulière du groupe (du moins qui dénotait avec le reste de la programmation) a ajouté de la sincérité au concert du chanteur, avec un contrebassiste et une harpiste sortie tout droit d’un conte de fées.
Après un démarrage en douceur, le groupe s’est progressivement envolé vers des morceaux plus énergiques et mordants comme The Waves. Touché en plein cœur, le public le fût encore plus lors de Hot Scary Summer qui évoque l’homosexualité du chanteur. C’est la larme à l’œil que l’on quitta Villagers, tous un peu remués et en émoi.
Changement radical de style musical avec la venue du groupe de post-punk britannique Hookworms. En passant, il n’y a pas trop d’utilité à mettre le volume à saturation pour un band qui joue déjà fort, ça ne fait pas de bien aux oreilles. Mené par un chanteur plutôt excentrique qui poussait des cris stridents incompréhensibles, la prestation fût rageuse et emportée.
Dans le public, on ne pouvait que hocher la tête sur les morceaux impétueux des cinq musiciens revendeurs d’énergie. Toutefois, un trop plein de fougue peut finalement avoir l’effet escompté inverse, c’est-à-dire lasser le public. Mais c’est surtout le volume sonore bien trop élevé qui a terni la prestation enragée des Britanniques.

Tim Gane de Cavern of Anti-Matter
Venait alors le tour d’un récent projet mené par Tim Gane, co-fondateur de Stereolab : Cavern of Anti-Matter. Venant tout juste de sortir un premier album, le groupe, également composé de Joe Dilworth à la batterie et de Holger Zapf au clavier, a échauffé le public avec ses compositions krautrock. Pas de paroles ici, simplement des riffs répétés sur des nappes sonores entêtantes.
Finalement tout se joue sur la redondance, parfois deux notes qui se succèdent simplement. Si l’idée peut paraître dénuée d’excitation au premier abord, c’est sans compter sur l’enivrement que procure ce genre de musique. Surtout quand les musiciens sont talentueux comme ceux-là.
Finalement, la Route du Rock collection hiver a réussi son pari : faire découvrir un maximum d’artistes à un public friand de nouveautés musicales.





