AD LIBITUM #6 | 7 questions à considérer avant de conclure une entente avec le diable


Vendredi, 11 mars 2016 09h53 par Sorstu.ca

L’industrie de musique a changé de façon considérable durant les 15 dernières années. Depuis l’invention de Napster vers la fin des années 1990, les maisons de disques majeures, qui contrôlaient pendant longtemps quelle musique atteignait vos oreilles, ont perdu une grande partie de leur influence.  Jadis, il y avait un consensus parmi les musiciens : signer avec une majeure était dans un certain sens « vendre leur âme au diable ». Ils faisaient semblant d’ignorer ce fait jusqu’à ce que leur notoriété atteigne un niveau assez important. Une fois rendu là, ils gagnaient le droit de se plaindre auprès de patrons, c’est-a-dire de littéralement mordre la main de celui qui les avait nourris.


* Écrit en collaboration avec Pomeline Delgado


Dans le monde d’aujourd’hui, les musiciens sont beaucoup plus à l’aise à l’idée de faire affaire avec des grosses corporations. Dans plusieurs cas, ils poursuivent des ententes avec les majeures, des placements de synchronisation dans des publicités, des partenariats avec des marques (qu’on appelait des commandites jadis) et même des placements publicitaires de produits dans leurs paroles avec une ferveur et une agressivité incroyable.


Il existe d’innombrables raisons qui expliquent ce fait. Pour en nommer deux : il y a la baisse des ventes d’album et le nombre de plus en plus important d’artistes qui servent un public ayant grandi avec la démocratisation causée par l’internet. Grosso modo, le stigmate de faire de la musique pour le profit a été dépouillé, renversé par une génération tellement habituée à la musique commercialisée que plein de jeunes d’aujourd’hui deviennent sceptiques à la simple mention du concept d’authenticité.


On se trouve dans une ère où les musiciens préfèrent poursuivre activement les relations avec les grosses corporations plutôt que de se forcer et faire semblant avec celles-ci. L’idée de « selling out » est morte. Mais, est-ce que ça en vaut toujours la peine? Est-ce que les bénéfices d’une portée multinationale et des ressources quasi illimitées dépassent les écueils inhérents dans une bureaucratie et la mentalité corporative qui vient avec?


Qu’est-ce une majeure peut faire pour toi? Ils peuvent investir du capital (c’est-à-dire de l’argent et une main d’oeuvre). Leurs accords ressemblent au « Payola » avec la radio commerciale, MTV, Muchmusic et d’autres gros médias et par conséquent, augmentent tes chances d’avoir plus de visibilité. Cependant, qu’est-ce que les majeures veulent ensuite? Penses-tu vraiment que les majeures sont des âmes charitables? À quel point seraient-elles patientes si le développement économique de ton band était en retard par rapport aux attentes?


J’ai vu les carrières de plusieurs jeunes bands détruites par des ententes avec des majeures ou avec des gros promoteurs de spectacles qui n’ont pas porté fruit. De l’autre côté, j’ai aussi vu des grosses entreprises bâtir en un rien de temps une carrière grâce à leurs aptitudes en marketing, en distribution et des investissements monétaires (par exemple, la majorité des “pop stars” que vous connaissez aujourd’hui). Comment prédire dans quelle catégorie tu tomberas?


Par soucis de transparence : je n’ai jamais travaillé pour une grande corporation musicale. Cependant, j’ai souvent fait affaire avec des très grosses compagnies (et parfois aussi avec des plus petites entreprises qui incluent quelques mom & pop shops).


Voici quelques facteurs à considérer.


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Comme on disait, voici quelques facteurs à considérer avant de conclure une entente avec une compagnie majeure :



  1. L’investissement : À quel point sont-ils investis en toi et ton projet? Qu’est-ce qu’ils comptent perdre si ta carrière ne fonctionne pas?

  2. Réactivité : S’agit-il d’un géant énorme et lent ou d’une créature agile et rapide? Comment seront-ils en mesure de répondre à des changements du marché qui se produisent dans l’industrie de la musique plus souvent même qui des DUI?

  3. Patience : La plupart des labels importants font désormais partis d’un conglomérat multinational qui surveillent leur cours de l’action avant tout le reste. C’est bien connu dans l’industrie de la musique que les majeures ne peuvent plus généralement attendre 3 ou 4 albums pour qu’un artiste se développe, un luxe que beaucoup d’entre eux avait dans le années 60, 70 et 80 quand plusieurs étaient encore indépendants. Il a aussi souvent été dit que Bruce Springsteen ne serait probablement jamais devenu une star s’il avait commencé sa carrière aujourd’hui, comme il a sorti plusieurs albums avant d’avoir un succès commercial et une reconnaissance au niveau national et international. Donc, le label, le promoteur de spectacle ou la compagnie de gérance, combien de temps sont-ils prêts à attendre avant de prendre la décision que ta carrière est un échec? Un album? 2 ans? 5 ans? Comment est-ce que ça s’aligne avec tes attentes pour le projet?

  4. Argent : Des grosses compagnies sont souvent capables d’offrir des plus grandes avances. Mais, c’est des avances sur quoi? Verras-tu un centime de tes ventes de disques ou de tes tournées après les dépenses récupérables?

  5. Hiérarchisation : Les grosses entreprises ont souvent des centaines ou des milliers d’artistes. Comment leur équipe va-t-elle prioriser ton projet? C’est génial s’ils ont de l’argent, de l’expérience et une bonne réputation. Mais, est-ce que cela va être utilisé pour ton bénéfice ou pour celui d’un autre artiste?

  6. Employés clés : Dans l’industrie il existe le « Key Man Clause », qui affirme à la base que si un certain employé (souvent le représentant A&R qui découvre le band ou leur gérant) quitte l’entreprise, le contrat s’annule. Clairement, c’est l’employé en question qui voit le plus de bénéfice de cette clause. Mais, est-ce que vous êtes en train de signer avec unetelle compagnie à cause d’un employé unique ou de plusieurs membres de leur équipe en particulier? Qu’est-ce qui se passe s’ils partent de l’entreprise? Est-ce que l’entreprise démontrera moins d’investissement, de patience ou de priorité envers ton projet? Est-ce que la communication en souffrirait?

  7. Durée : Pour combien de temps es-tu prêt à signer? Ceci est souvent relié au facteur patience. La compagnie pourrait te demander 3 albums ou 5 ans de tournées. Cependant, il faut penser aussi à l’impact de cette durée au cas où ils lâcheraient ton projet. S’ils attendent un hit du premier album, mais ils t’en demandent 3, qu’est-ce que ça implique si le hit ne vient pas? Serais-tu capable de sortir du contrat ou serais-tu pogné avec un label inutile pour les 2 prochains albums ?


Il y a beaucoup à considérer et ceci ne représente que le début d’une plus grande conversation. Je devrais aussi mentionner le fait que dans la négociation d’une entente qui pourrait facilement changer la trajectoire de ta carrière, je recommanderais toujours l’engagement d’un avocat de divertissement expérimenté et fiable qui n’a aucun conflit d’intérêt (c’est-à-dire qui ne travaille pas avec la compagnie en question, il n’a aucune part ni intérêt dans cette compagnie, avec ton gérant ou quiconque impliqué dans la négociation). Ces questions ne sont que le début!


Source: Sorstu.ca