Peu d’humoristes peuvent se vanter d’être aussi baveux et vifs d’esprit que le Britannique Jimmy Carr. Le brillant humoriste en faisait une fois de plus la démonstration mardi soir à l’Astral, alors qu’il y présentait son spectacle Gagging Order à l’occasion de Just For Laughs.
« For those who wonder why I look like that, it’s because my dad was Irish, and my mom was Roger Federer ». Jimmy Carr est le roi du one-liner. Ses gags courts et incisifs sont recensés un peu partout dans la blogosphère, tant ils sont nombreux et savoureux.
Et généralement impolis. Il a du cran, Misteur Carr. Contrairement à certains humoristes, il ne craint pas les hecklers, ces gens qui hurlent des bêtises dérangeantes pendant les spectacles d’humour, pratique répandue aux États-Unis. Au contraire, il invite les spectateurs à le défier à tout moment du spectacle… mais à leur risque et péril.
Habile manieur de la langue anglaise – il taquine d’ailleurs le public anglo-canadien en disant : « I don’t have an accent, that’s how words sound when they’re pronounced properly » – il a la réplique assassine et n’y va pas avec le dos de la cuillère, ce qui fait partie de son charme. Un spectateur particulièrement dérangeant mardi soir a d’ailleurs goûté à sa médecine, se faisant traiter d’écrivain raté – parce qu’il disait être écrivain, mais avouait n’avoir publié aucun livre pour l’instant -, d’esprit sous-développé, même sa mère a passé au tordeur ! Tout cela avec l’éloquence d’un Brit à l’esprit agile.
Mais surtout, Jimmy Carr a un sens inouï pour braver les limites de l’inacceptable. À première vue, on pourrait croire que son spectacle est un enchaînement aléatoire de courts gags sans fil conducteur. Sa façon de jouer avec les attentes du public et le seuil de tolérance de celui-ci est subtile et phénoménale.
Il cite d’ailleurs Lenny Bruce : « the audience is a genius - they know what’s funny and what isn’t. » Pour lui, tout ce qui provoque le rire est recevable, qu’il s’agisse d’un gag sur l’inceste, l’adultère, la mort, la zoophilie, la situation israelo-palestinienne – « in Palestinian passports, under ‘Occupation’, do they just put, ‘Israel’? » – voire même le SIDA ou le cancer.
À le voir aller, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il adviendrait si un humoriste francophone québécois avait autant confiance en l’intelligence de son public…
* À voir ce soir (mercredi, 21h30) et vendredi (21h) à L’Astral.



